Recevoir un courrier d’huissier de justice parce que le loyer n’a pas été réglé, ou voir un locataire cesser de payer sans réagir : dans les deux cas, la situation est source de stress, d’incompréhension et parfois de mauvaises décisions. Pourtant, la procédure d’expulsion locative est strictement encadrée par la loi, étape par étape, et personne ne peut vous mettre dehors ou changer une serrure du jour au lendemain. Ce guide détaille chaque phase, du premier impayé à l’intervention éventuelle de la force publique, en distinguant ce que peut faire le bailleur et ce que peut faire le locataire.
À retenir dès le départ : une expulsion ne peut jamais être décidée par le bailleur seul. Le procédé d’expulsion suppose une décision de justice, puis une exécution par un commissaire de justice, avec des délais à respecter et des protections à chaque étape. Les règles ont été modifiées par la loi Kasbarian-Bergé de 2023 : les délais légaux indiqués ci-dessous doivent donc toujours être confirmés auprès d’une source officielle ou d’un professionnel avant d’agir.
Les grandes étapes d’une expulsion locative en un coup d’œil
Avant d’entrer dans le détail, voici le déroulé général. Chaque ligne du tableau correspond à une phase distincte, avec son intervenant principal et le moment où le locataire peut encore agir pour éviter la suite.
| Étape | Qui agit ? | Ce qui se passe | Marge de manœuvre du locataire |
|---|---|---|---|
| 1. Impayé constaté | Le bailleur | Relances amiables, mise en demeure, contact avec la caution ou l’assureur | Négocier un échéancier, saisir l’assistante sociale |
| 2. Commandement de payer | Le commissaire de justice | Acte officiel qui réclame les sommes dues dans un délai fixé par la loi | Régler la dette ou demander un accompagnement |
| 3. Assignation | Le commissaire de justice | Convocation devant le tribunal, information du préfet | Se présenter, se faire assister, demander des délais |
| 4. Audience et jugement | Le juge du contentieux de la protection | Constat de la résiliation, délais de paiement éventuels, ordre de quitter les lieux | Faire appel, solliciter un délai pour partir |
| 5. Ordre de quitter les lieux | Le commissaire de justice | Dernier avertissement avant l’exécution forcée | Saisir le juge de l’exécution, déposer un dossier de relogement |
| 6. Concours de la force publique | Le préfet | Autorisation d’intervention de la police ou de la gendarmerie | Demander un report, activer la commission de médiation |
| 7. Expulsion effective | Le commissaire de justice | Reprise des lieux, hors période de trêve | Dernier recours : solutions d’hébergement d’urgence |
Avant toute action judiciaire : l’impayé et les solutions amiables
Dans la grande majorité des dossiers, tout commence par un retard de règlement. Tant que le dialogue est possible, il vaut mieux l’utiliser : une procédure judiciaire coûte du temps et de l’argent aux deux parties, et elle laisse rarement le bailleur indemne. Un échéancier écrit, accepté par les deux côtés, règle souvent la situation sans passer par le tribunal.
Ce que peut faire le bailleur dès le premier retard
Le propriétaire bailleur a intérêt à agir vite et à garder des preuves de chaque échange. Voici les réflexes utiles :
- relancer le locataire par courrier simple puis par lettre recommandée, en rappelant le montant exact et les dates des échéances concernées ;
- prévenir la caution si le bail en prévoit une, sans attendre que la dette grossisse ;
- déclarer le sinistre à l’assureur si une garantie contre les loyers impayés a été souscrite : les contrats imposent souvent un délai de déclaration court ;
- vérifier que le bail contient bien une clause résolutoire, car elle conditionne la suite de la démarche ;
- proposer, si la relation s’y prête, un plan d’apurement écrit et daté.
Un impayé de loyer isolé, réglé en quelques jours, ne justifie pas de lancer une procédure. En revanche, dès que les retards se répètent ou que le montant s’accumule, attendre trop longtemps aggrave le risque pour le bailleur comme pour le locataire.
Ce que peut faire le locataire en difficulté
Si vous êtes locataire et que vous n’arrivez plus à payer, le pire réflexe est de ne plus répondre. Contactez rapidement votre bailleur pour expliquer la situation (perte d’emploi, séparation, maladie) et proposer un calendrier réaliste. Sollicitez en parallèle les services sociaux de votre commune ou du département : une assistante sociale peut monter un dossier d’aide auprès du fonds de solidarité pour le logement, de la caisse d’allocations familiales ou d’Action Logement selon votre situation.
Les ADIL (agences départementales d’information sur le logement) proposent gratuitement des conseils juridiques neutres, tout comme les associations de locataires et les maisons de justice et du droit. Ne signez rien sous la pression et conservez tous les courriers reçus, y compris les enveloppes.
Première étape officielle : le commandement de payer
Quand les relances amiables échouent, le bailleur peut mandater un commissaire de justice (le métier d’huissier de justice a été fusionné avec celui de commissaire-priseur judiciaire, mais l’ancien terme reste très employé). Celui-ci délivre un commandement de payer, acte officiel qui rappelle les sommes dues et mentionne la clause résolutoire du bail.
Ce document doit contenir des mentions précises : le décompte détaillé de la dette, le délai laissé pour régler, la reproduction de certains textes de loi et l’information du locataire sur la possibilité de saisir le fonds de solidarité pour le logement. S’il manque une mention obligatoire, l’acte peut être contesté devant le juge. Depuis la réforme de 2023, les délais légaux ont été raccourcis par rapport à l’ancien régime : le locataire dispose aujourd’hui d’environ six semaines après réception de l’acte, un chiffre à vérifier sur Service-public.fr au moment où vous lisez ces lignes.
Le rôle de cette clause du bail
La clause résolutoire est une stipulation du contrat de location selon laquelle le bail est résilié de plein droit en cas de manquement, par exemple le non-paiement du loyer ou du dépôt de garantie. Sans elle, le bailleur ne peut pas se prévaloir de cette voie accélérée et doit demander au juge de prononcer la résiliation de bail pour faute, ce qui allonge la procédure.
Cette clause ne s’applique pas automatiquement : elle n’est « activée » que si le commandement est resté sans effet pendant le délai légal. Et même alors, le locataire peut encore demander au juge de la neutraliser, comme on le verra plus bas.
L’information de la CCAPEX et du préfet
Lorsque le bailleur est une personne physique ou une SCI familiale, le commandement doit être signalé à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions (la CCAPEX) dans les deux mois. Cette instance départementale réunit l’État, le département, les caisses d’allocations familiales et les organismes sociaux. Elle examine les situations de ménages menacés, émet des avis et peut recommander des solutions de relogement ou un accompagnement social.
Dans cette logique de prévention, la CCAPEX n’impose rien aux parties, mais ses recommandations pèsent sur la suite : un ménage de bonne foi, qui a engagé des démarches, a de meilleures chances d’obtenir du temps. Son existence reste peu connue des locataires, alors qu’elle constitue un vrai point d’appui.
Les cas où l’expulsion ne vient pas d’un impayé
Le non-paiement n’est pas le seul motif possible. Un bailleur peut engager une démarche pour d’autres manquements, à condition de les prouver :
| Motif | Exemple concret | Voie habituelle |
|---|---|---|
| Impayé de loyer ou de charges | Plusieurs échéances non réglées malgré les relances | Mise en demeure, puis action en justice |
| Défaut d’assurance habitation | Locataire qui ne fournit pas l’attestation annuelle | Mise en demeure, puis application de la clause du bail si elle existe |
| Troubles de voisinage | Nuisances sonores répétées constatées | Saisine du juge avec preuves (constats, témoignages) |
| Non-respect de l’usage des lieux | Sous-location non autorisée | Action en résiliation de bail devant le tribunal |
| Congé pour reprise, vente ou motif sérieux | Congé donné dans les formes et délais prévus | Si le locataire reste après la date, procédure d’expulsion |
Dans tous ces cas, le principe reste identique : sans accord amiable, seul le juge peut ordonner le départ. Même face à un locataire indélicat, un propriétaire qui couperait l’électricité, changerait les serrures ou sortirait les meubles s’exposerait à des sanctions pénales et à des dommages et intérêts. Les voies de fait sont interdites, quelle que soit la gravité des fautes reprochées.
L’assignation devant le juge des contentieux de la protection
Si le commandement n’a pas été suivi d’effet, le bailleur peut faire délivrer une assignation devant le juge compétent. Il s’agit du juge des contentieux de la protection, rattaché au tribunal judiciaire du lieu où se trouve le logement. Ce magistrat est spécialisé dans les litiges de la vie courante : baux d’habitation, crédit à la consommation, surendettement.
L’assignation est signifiée par commissaire de justice. Elle précise la date de l’audience, le montant de la dette, les demandes du bailleur (constat de la résiliation, condamnation au paiement, autorisation d’expulser) et les droits du locataire. Elle est aussi transmise au préfet, au moins six semaines avant l’audience, pour que l’enquête sociale puisse être lancée en amont. Il s’agit encore d’un délai modifié en 2023, à confirmer auprès de sources à jour.
L’enquête sociale
Une fois informé, le préfet fait réaliser un diagnostic social et financier du ménage. Un travailleur social évalue les ressources, la composition du foyer, les dettes, les aides déjà sollicitées et les perspectives de redressement. Ce diagnostic est transmis au juge avant l’audience. Pour le locataire, répondre aux convocations des services sociaux est donc un geste concret : un dossier documenté, avec des justificatifs de revenus et de démarches, influence nettement la décision.
L’audience : comment elle se déroule
L’audience en référé ou au fond a lieu devant le tribunal. Le locataire est vivement encouragé à y assister en personne, même s’il n’a pas d’avocat. Un locataire absent est souvent jugé sur les seuls éléments fournis par le bailleur, avec un risque élevé de décision défavorable.
Il est possible de se faire représenter par un avocat, qui peut être pris en charge par l’aide juridictionnelle lorsque les ressources sont modestes. La demande se dépose auprès du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal ; des permanences d’avocats existent aussi à proximité des audiences dans de nombreuses juridictions. Pour un locataire sans moyens, ne pas contacter ces dispositifs revient à se priver d’un soutien précieux.
Les pièces à préparer
Les deux parties gagnent à constituer un dossier solide. Voici ce qu’il convient de réunir, selon que l’on se place du côté bailleur ou du côté locataire.
| Côté bailleur | Côté locataire |
|---|---|
| Bail signé et ses annexes | Copie du bail et des quittances reçues |
| Décompte précis de la dette | Relevés bancaires et preuves de paiements partiels |
| Commandement de payer et acte de convocation | Avis d’imposition, bulletins de salaire, justificatifs de chômage ou d’allocations |
| Courriers de relance et réponses | Preuves de démarches (demande d’aide, rendez-vous avec un travailleur social) |
| Preuve de l’information de la CCAPEX | Proposition d’échéancier chiffrée et réaliste |
Les décisions que le juge peut rendre
Le magistrat dispose de plusieurs options, et il n’ordonne pas systématiquement le départ. Selon les circonstances, il peut :
- constater que la clause a joué et prononcer la résiliation de bail, puis autoriser l’expulsion ;
- condamner le locataire à payer la dette et une indemnité d’occupation jusqu’à son départ effectif ;
- accorder des délais de paiement et suspendre l’effet de cette clause ;
- rejeter la demande si le commandement est irrégulier ou si le bailleur n’a pas respecté ses obligations (logement indécent, par exemple) ;
- accorder un délai pour quitter les lieux, à titre exceptionnel.
Le délai de grâce : un levier pour le locataire de bonne foi
Le délai de grâce est la faculté pour le juge d’échelonner le paiement de la dette, sur une durée maximale fixée par la loi (plusieurs années, le plafond a été modifié ces dernières années). Il suppose que le locataire soit en mesure de reprendre le paiement du loyer courant et qu’il propose un plan crédible. Un locataire indélicat, qui ne reprend pas le loyer, ou sans aucune ressource, obtient rarement ce délai.
Concrètement, le juge peut accorder ce répit tout en y associant une obligation : si une échéance est manquée, le plan est caduc et le bail se trouve résilié. Mieux vaut donc annoncer un montant que l’on peut vraiment tenir plutôt que de s’engager au-delà de ses moyens.
La suspension des effets de la clause résolutoire
En accordant des délais de paiement, le juge peut décider la suspension des effets de la clause résolutoire. Si le locataire respecte scrupuleusement l’échéancier et règle son loyer courant, la clause est réputée n’avoir jamais joué : le bail se poursuit comme si de rien n’était. Si, au contraire, une seule mensualité est oubliée, la résiliation produit alors tous ses effets et le bailleur peut reprendre la procédure sans repasser par un nouveau jugement complet.
Exemple chiffré pour comprendre un plan d’apurement
Pour illustrer, imaginons un locataire qui paie 700 € de loyer charges comprises et qui a cessé de payer pendant six mois à la suite d’une perte d’emploi. Les chiffres ci-dessous sont des montants fictifs et ronds, uniquement destinés à montrer un raisonnement ; ils ne représentent aucune statistique du marché.
| Élément | Montant (exemple fictif) |
|---|---|
| Loyer mensuel charges comprises | 700 € |
| Nombre de mois impayés | 6 |
| Dette locative | 4 200 € |
| Plan d’apurement proposé sur 24 mois | 175 € par mois en plus du loyer courant |
| Effort mensuel total du locataire | 875 € |
Dans cet exemple, le juge va regarder si l’effort mensuel total de 875 € reste compatible avec les revenus du foyer. Si le locataire a retrouvé un emploi et perçoit une aide au logement, le plan a des chances d’être validé. Si les ressources ne permettent pas de payer plus que le loyer, le juge risque de préférer un étalement plus long ou, à défaut, de constater la résiliation.
Après le jugement : signification et recours possibles
Une fois la décision rendue, elle doit être signifiée au locataire par commissaire de justice. C’est cette signification qui fait courir les délais de recours. En règle générale, le locataire dispose d’un mois pour faire appel, mais l’exécution n’est pas toujours suspendue pendant ce temps : le juge a pu ordonner l’exécution provisoire, ce qui permet au bailleur de poursuivre. L’appel, quand il est possible, passe par un avocat et reste une démarche technique, pour laquelle des conseils juridiques personnalisés sont indispensables.
Un locataire peut aussi saisir le juge de l’exécution pour contester les conditions de mise en œuvre de la décision, par exemple si une irrégularité affecte l’acte ou si une situation nouvelle justifie un report. Ces démarches relèvent du relief juridique : elles ne garantissent rien, mais elles permettent de gagner du temps pour trouver une solution concrète.
Le commandement de quitter les lieux
Après un jugement ordonnant l’expulsion, le commissaire de justice délivre le commandement de quitter les lieux. Cet acte met en demeure l’occupant de partir. Il ouvre un délai de deux mois, en principe, avant que l’exécution forcée puisse réellement commencer. Le juge peut toutefois réduire ce délai dans certains cas, ou au contraire en accorder un plus long, notamment lorsque le relogement du ménage ne peut pas s’effectuer dans de bonnes conditions.
Ce moment est charnière. Beaucoup de locataires pensent que « tout est perdu » à réception de l’acte, alors qu’il reste des leviers : demander un délai supplémentaire au juge de l’exécution, relancer la CCAPEX, déposer ou actualiser un dossier de logement social, et mobiliser l’assistante sociale pour obtenir une solution transitoire.
Que faire concrètement à réception de l’acte ?
- Lire attentivement l’acte et noter les dates indiquées.
- Contacter l’ADIL, une association de locataires ou un avocat dans la semaine.
- Prendre rendez-vous avec votre assistante sociale et déposer, si ce n’est pas déjà fait, une demande de logement social ainsi qu’un recours auprès de la commission de médiation DALO lorsque les conditions sont réunies.
- Conserver toutes les preuves de recherche de logement (courriers, mails, candidatures).
- Prévenir le bailleur de toute évolution de la situation (reprise d’emploi, proposition de logement).
Le recours à la force publique et le rôle du préfet
Si l’occupant ne part pas à l’issue du délai, le commissaire de justice demande au préfet le concours de la force publique. Le préfet dispose d’un délai de deux mois pour répondre. Il vérifie que la situation justifie bien l’intervention, tient compte des conséquences pour la famille, des démarches de relogement engagées et du contexte local.
Le préfet peut refuser le concours pour des raisons d’ordre public ou de risque pour les personnes. Le bailleur ne reste pas pour autant sans recours : il peut demander une indemnisation à l’État pour compenser la perte de loyers pendant la période de refus. Cette mécanique explique pourquoi une expulsion forcée avec intervention de la police ou de la gendarmerie reste en pratique l’étape la plus rare : beaucoup de dossiers se règlent avant, par un départ volontaire ou un relogement.
La trêve hivernale : jusqu’où protège-t-elle ?
La trêve hivernale interdit l’exécution matérielle des expulsions entre le 1er novembre et le 31 mars de chaque année. Pendant cette période, personne ne peut être mis dehors par la force, même si la décision de justice est définitive. Mais cette protection a des limites importantes qu’il faut connaître :
- elle suspend l’expulsion physique, pas la procédure : le bailleur peut continuer à faire rendre des décisions et délivrer des actes ;
- elle ne supprime pas la dette ni l’obligation de payer une indemnité d’occupation ;
- elle ne s’applique pas dans certains cas prévus par la loi, notamment lorsque l’occupant est entré dans les lieux par voie de fait (squat) ou lorsqu’un relogement correspondant aux besoins de la famille est assuré ;
- à l’inverse, la reprise des opérations est possible dès le 1er avril, ce qui impose d’anticiper pendant l’hiver.
Pour le locataire, la trêve est donc un sursis, pas une solution. Elle doit servir à constituer un dossier de relogement, régulariser la situation administrative et négocier avec le bailleur. Pour le bailleur, elle impose de tenir compte du calendrier dans sa stratégie : engager une action en fin d’été permet parfois d’éviter que la procédure ne se bloque en plein hiver.
Le déroulé du jour de l’expulsion
Lorsque toutes les conditions sont réunies, le procédé d’expulsion s’effectue en présence du commissaire de justice, qui peut être accompagné de la force publique et d’un serrurier. Le locataire est informé de la date, en principe par un acte préalable. Le jour J, le commissaire dresse un procès-verbal de reprise des lieux et constate l’état du logement.
Ce qui arrive aux affaires de l’occupant est souvent source d’inquiétude. Les meubles et objets laissés sur place ne peuvent pas être jetés immédiatement. Le commissaire de justice dresse un inventaire et les biens peuvent être remis à la personne, déplacés dans un lieu désigné ou entreposés pendant une durée limitée aux frais de l’occupant. À l’issue du délai prévu, le juge peut autoriser leur vente ou leur destruction selon leur valeur. Les papiers d’identité, les documents administratifs et les objets personnels de faible valeur doivent faire l’objet d’une attention particulière.
Pour le locataire, un déménagement préparé avec un proche, même partiel, vaut mieux qu’une évacuation subie. Le bailleur, lui, doit s’abstenir de toute intervention personnelle sur place avant le passage du professionnel.
Qui intervient, et à quel moment ?
| Intervenant | Son rôle | Quand le solliciter |
|---|---|---|
| Commissaire de justice | Délivre les actes (commandement, convocation, signification) et exécute la décision | Dès que le bailleur souhaite engager une démarche officielle |
| Juge des contentieux de la protection | Tranche le litige, accorde ou refuse les délais | À l’audience, après la convocation au tribunal |
| Préfet | Autorise le concours de la force publique, coordonne le volet social | Après l’ordre de quitter les lieux |
| CCAPEX | Examine la situation et recommande des solutions | Dès le commandement, tout au long de la procédure |
| Services sociaux | Réalisent le diagnostic social, montent les dossiers d’aide | Le plus tôt possible, avant même l’audience |
| ADIL, associations, avocat | Conseillent et accompagnent juridiquement | Dès la réception du premier acte |
Les solutions pour éviter ou retarder l’expulsion
Un locataire n’est jamais sans moyen d’action tant que la décision n’a pas été exécutée. Chaque relief juridique a ses conditions ; plusieurs pistes existent, parfois cumulables.
Les aides financières et l’accompagnement
Le fonds de solidarité pour le logement (FSL), géré par le département, peut prendre en charge tout ou partie des dettes locatives lorsque le locataire est de bonne foi et en capacité de reprendre le paiement. Les caisses d’allocations familiales peuvent maintenir ou rétablir l’aide au logement sous conditions. Action Logement propose pour sa part des dispositifs d’aide aux salariés en difficulté. L’assistante sociale de secteur est la meilleure porte d’entrée pour identifier ce qui est mobilisable selon votre profil.
Le recours DALO et l’hébergement d’urgence
Le droit au logement opposable (DALO) permet à certains ménages de saisir la commission de médiation DALO pour être reconnus prioritaires. Cela concerne notamment les personnes menacées d’expulsion sans relogement, dont le dossier de logement social est resté sans réponse dans un délai anormalement long. Si la commission reconnaît le caractère prioritaire de la demande, le préfet doit faire une proposition adaptée ; à défaut, un recours est possible devant le tribunal administratif.
Le droit au logement ne disparaît pas avec un jugement. En dernier ressort, le 115 permet d’accéder à un hébergement d’urgence. Ces solutions de relogement temporaires n’ont rien de confortable, mais elles évitent la rue et laissent le temps de bâtir une solution durable.
Surendettement et procédures d’urgence
Lorsque la dette locative s’ajoute à d’autres impayés, le dépôt d’un dossier de surendettement auprès de la Banque de France peut suspendre certaines procédures. La commission examine la situation globale et peut proposer un rééchelonnement ou un effacement partiel. Cette voie ne règle pas tout, mais elle peut constituer l’une des procédures d’urgence les plus efficaces pour stabiliser un budget.
Les droits et obligations de chaque partie
Un contentieux locatif met face à face deux parties qui ont chacune des droits à faire respecter. Voici un panorama pour clarifier les attentes.
| Le bailleur | Le locataire | |
|---|---|---|
| Droits | Percevoir le loyer, demander l’application de la clause, saisir le juge | Être jugé, obtenir des délais, bénéficier de la trêve, être informé à chaque étape |
| Obligations | Respecter la procédure, informer la commission de coordination des actions de prévention des expulsions, ne pas recourir à des mesures de rétorsion | Payer le loyer courant, répondre aux convocations, restituer les lieux en fin de procédure |
| Interdits | Changer les serrures, couper les fluides, retirer les meubles | Rester sans titre après la décision définitive sans démarche en cours, dégrader le logement |
À noter : à l’issue d’une résiliation de bail, l’occupant maintenu dans les lieux devient occupant sans droit ni titre et doit verser une indemnité d’occupation, dont le montant correspond généralement au loyer et aux charges. Cette somme est due jusqu’à la remise effective des clés.
Les conséquences d’une expulsion pour le locataire
Au-delà de la perte du logement, une expulsion laisse des traces durables. Les dettes locatives demeurent et peuvent faire l’objet de mesures de recouvrement : saisie sur salaire, saisie bancaire ou intervention d’une société spécialisée. Le dossier peut compliquer les futures recherches de location, car les propriétaires demandent souvent des garanties renforcées. Sur le plan personnel, le stress, la rupture scolaire des enfants et l’instabilité professionnelle constituent des conséquences bien réelles.
Pour limiter l’impact, il est utile de négocier avec le bailleur un départ amiable avant l’intervention de la force publique. Un accord signé, même tardif, peut inclure l’abandon de certains frais ou un plan de remboursement allégé. Il permet aussi de partir dans de meilleures conditions et de demander une attestation de bonne conduite, utile pour la suite.
Pour le bailleur : sécuriser sa démarche et réduire le risque
Le propriétaire bailleur qui souhaite protéger ses revenus locatifs peut agir bien avant le premier retard :
- sélectionner soigneusement les candidats (stabilité des revenus, garants solides) tout en respectant les règles de non-discrimination ;
- souscrire une garantie contre les loyers impayés ou, à défaut, exiger une caution solidaire rédigée dans les formes ;
- rédiger un bail complet, avec une clause de résolution soignée ;
- suivre les paiements chaque mois et réagir dès le premier incident ;
- faire appel à un commissaire de justice ou à un avocat pour sécuriser chaque acte, car une erreur de forme peut faire perdre plusieurs mois.
Enfin, garder en tête qu’un contentieux locatif coûte cher : les frais d’une procédure (actes, honoraires, délais sans loyer) peuvent peser lourd. Une médiation ou une négociation encadrée par un conciliateur de justice, gratuit, est parfois plus rentable qu’un jugement obtenu des mois plus tard.
Checklist : les réflexes à adopter selon votre situation
| Vous êtes bailleur | Vous êtes locataire |
|---|---|
| Garder une trace écrite de chaque relance | Répondre à tous les courriers et se rendre aux convocations |
| Vérifier la validité de la clause et des actes | Contacter l’ADIL et l’assistante sociale sans attendre |
| Informer la CCAPEX dans les délais | Constituer un dossier de preuves (revenus, démarches, paiements) |
| Rester ouvert à un plan d’apurement réaliste | Proposer un échéancier tenable, puis le respecter |
| Ne jamais agir seul sur le logement | Ne pas quitter les lieux sans avoir demandé conseil, ni les dégrader |
Où trouver de l’aide et des informations fiables ?
Plusieurs organismes officiels et associatifs proposent des informations mises à jour : Service-public.fr pour les textes et délais, l’ANIL et les ADIL pour les consultations juridiques gratuites, la Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé Pierre) pour l’accompagnement et le plaidoyer, ainsi que les associations de locataires locales. Pour les démarches judiciaires, le greffe du tribunal judiciaire renseigne sur les permanences et sur l’aide juridictionnelle.
Cet article propose une information générale et pédagogique : il ne remplace pas l’avis d’un professionnel du droit, d’autant que la réglementation évolue régulièrement. En cas de doute sur un délai ou sur la validité d’un acte, faites-le vérifier avant de réagir.
FAQ : vos questions sur la procédure d’expulsion locative
Dans l’ordre : relances amiables, commandement de payer, assignation, audience devant le juge, jugement, ordre de quitter les lieux, demande de concours de la force publique, puis exécution. Chaque phase laisse au locataire des possibilités d’agir.
Les délais légaux varient selon les étapes : délai laissé après le commandement, intervalle entre la convocation et l’audience, deux mois en principe après l’ordre de départ, puis réponse du préfet. Ces durées ont été modifiées en 2023 : vérifiez-les sur Service-public.fr ou auprès d’une ADIL.
Non. Seule une décision de justice exécutée par un commissaire de justice permet une expulsion : le procédé d’expulsion est réservé au commissaire de justice (anciennement huissier de justice). Changer les serrures, couper l’eau ou l’électricité ou retirer les meubles est interdit et sanctionné.
Contactez sans attendre l’ADIL, un avocat ou une association, prenez rendez-vous avec l’assistante sociale, déposez ou actualisez votre demande de logement social et, si vous y avez droit, un recours DALO. Un délai supplémentaire peut être demandé au juge de l’exécution.
Elle interdit toute expulsion forcée du 1er novembre au 31 mars, mais elle n’arrête ni la procédure ni la dette. Certaines situations en sont exclues, par exemple l’occupation par voie de fait.
La dette reste due et peut être recouvrée par saisie. Retrouver un logement devient plus compliqué, d’où l’intérêt de chercher un accord amiable ou un plan d’apurement avant l’intervention de la force publique.
Le commissaire de justice délivre les actes et exécute la décision, le juge tranche, le préfet autorise la force publique, la commission de coordination des actions de prévention des expulsions (CCAPEX) et les travailleurs sociaux examinent la situation du ménage, et l’ADIL ou un avocat conseille chaque partie.
Demander un délai de grâce au juge, faire appel dans le délai prévu, saisir le juge de l’exécution, solliciter le FSL, déposer un recours DALO ou un dossier de surendettement, et négocier un départ amiable.